En été 2013, Yves Pinguely (metteur en scène) et Pascal Chenu (pianiste) viennent me voir pour un projet un peu fou. Je devrais presque dire qu'ils viennent me lancer un défi... comme je les aime :
Yves et Pascal sont en train de monter un spectacle musical, "Le Bruit du Monde", dans lequel ils voudraient un piano "préparé", qui se désosse, part en morceaux, fume, bouge et explose. Rien que ça !? Non, pas rien que ça, car il y a trois conditions :
1. Le piano doit avoir l'air parfaitement normal au début, sans laisser apparaître la supercherie !
2. Il doit pouvoir être "joué" comme un piano ordinaire, durant tous les effets, et même après destruction complète !

3. Après "destruction", le piano doit pouvoir être remonté rapidement, afin de recommencer son manège !
Quelques jours de réflexion, et j'accepte le projet.
En septembre, nous allons tous les trois voir Michel Boder, facteur de piano à la Chaux-de-Fonds, afin de choisir l'instrument qui nous convient. Un hangar rempli de piano nous est ouvert : Pascal test le son et le toucher des pianos, Yves sélectionne les instruments selon leur taille (pour la mise en scène) et je recherche le piano idéal en prévision des effets que je commence à imaginer. Eurêka ! Nous trouvons l'instrument qui convient.
Afin d'être contrôlé et manœuvré par le pianiste, les effets de destructions devront être commandés par les touches du clavier. Je demande alors à Pascal Chenu quelles sont celles qu'il m'autorise à trafiquer ? "Tu peux prendre la première et la dernière octave du clavier, le reste j'en ai besoin pour la musique !" C'est dit, je m'y attaque...
S'ensuivent 4 mois de réclusion dans mon atelier, "La Forge", où je transforme un honnête piano en... bombe. Je commence par démonter entièrement l'instrument pour voir ce qui peut être désarticulé. Ensuite, je scie et découpe certaines parties et rassemble les morceaux avec des charnières, ce qui affaiblit sa charpente. Il me faut alors renforcer le squelette de l'instrument à l'aide d'équerres et barres d'acier faites sur mesure. J'imagine et installe ensuite les dispositifs reliant les touches aux parties du piano devenues mobiles. Certains sont purement "mécaniques", d'autres requièrent une énergie externe. J'avais déjà utilisé la pneumatique pour le Pianococktail, là j'approfondis cette technologie et truffe ce nouveau piano de vérins de toutes tailles. Pour éviter d'avoir un compresseur d'air sur scène, je relie le système pneumatique du piano à une petite bouteille de plongée de 5 litres, dont l'air est comprimé à 200 bars. Un manodétendeur permet d'obtenir une pression de sortie de 6 bars, et le tout est dissimulé à l'arrière de l'instrument.
Début janvier 2014, Yves et Pascal viennent me voir à "La Forge" pour une démonstration... ils sont ravis ! Je repeins alors l'instrument en noir, comme tout piano de scène qui se respecte. Puis, transport au "Théâtre des Amis", où Michel Boder vient faire l'accordage et régler les marteaux pour une qualité sonore optimale.
Le Piano Artishow est prêt...

VARIATION SUR PIANOS